La fabrique des noms

Amérique et la Colombie : des noms nés du hasard

Carte du monde: premiere carte signalant le continent americain sous le terme « America », un petit portrait d’Amerigo Vespucci apparait en haut. 1507. Planisphère de Martin Waldseemuller. The British Library. Map of the World, 1507. ©Heritage Images/Leemage

Pourquoi l’Amérique ne s’appelle pas la Colombie ? A priori, cette question n’a aucun sens, mais à bien y réfléchir, les noms que l’on connaît aujourd’hui, au continent américain, sont l’héritage des Européens, à une époque, où ces terres étaient encore désignées, très vaguement, comme « le nouveau monde ». Mais alors, pourquoi, Amérique, n’apprend-on pas que c’est Christophe Colomb qui a, le premier, posé le pied, sur ce continent ? En réalité, il s’agissait des Bahamas et Colomb pensait être au Japon, mais qu’importe, c’est bien, à lui, que la postérité a attribué la paternité de cette incroyable découverte, en l’an 1492. Année qu’encore, aujourd’hui, on utilise, par simplification fallacieuse comme point de passage, entre le sombre Moyen-Âge et la brillante Renaissance.

Mais alors, si on a bien tout suivi, pourquoi ce nouveau continent ne porte pas le nom de son père et comment un pays, où l’explorateur espagnol n’a jamais mis les pieds s’est-il auréolé de son nom ? En réalité, l’histoire du nom de l’Amérique nous rappelle que ce que nous tenons pour acquis et intangible a un vu le jour par une multiplication de hasards.

Pour résumer très rapidement cette succession de hasards, Christophe Colomb de son vivant n’a jamais été conscient de sa découverte. Au contraire, un obscure explorateur italien du nom d’Amerigo Vespucci se rend en Amérique, et publie une lettre de seize pages à son retour, en 1503, dans laquelle il parle pour la première fois de « Nouveau Monde », pour désigner les nouvelles terres américaines. Sa lettre connaît un rapide succès et est traduite par plusieurs éditeurs, en Europe. Durant la même période, un groupe de scientifiques, désirent publier un Atlas mis à jour. En 1507, le cartographe Waldseemüller se demande quel nom choisir pour désigner les nouvelles terres qu’il dessine sur sa carte. Il choisit finalement le nom d’Amérique en hommage à Amerigo, croyant que ce dernier est le premier Européen a y avoir mis les pieds. De plus, quand Waldseemüller donne le nom d’Amérique à ces terres nouvelles, il n’a pas de connaissance de l’étendue de cette découverte. Il ne sait pas que ce qui a été découvert est un continent gigantesque. Au départ, le géographe ne l’utilise que pour désigner la côte nord du Brésil, le sud est dénommé Brasilia inferior. Mais rapidement le terme d’Amérique est utilisé pour désigner tout le Brésil, le Chili et l’Argentine, terres sur lesquelles Vespucci ne s’est jamais rendu. En1538, Mercator dessine le continent entier et inscrit le nom America, sur les deux parties, le sud et le nord. En 1513, on ignore pourquoi Waldseemüller désire corriger son approximation et retire le nom d’Amérique qu’il a pourtant créé. Mais cette tentative échoue, tous les autres géographes utilisent et popularisent déjà cette appellation, depuis plusieurs années.

Planisphère de Mercator en 1595, le nom d’Amérique est utilisé pour désigner l’intégralité du contient américain

Voici comment une approximation a façonné la géographie mondiale….

Océan Pacifique : une mer plutôt sympathique

A priori, le nom de Pacifique ne soulève aucune curiosité, alors qu’il est pourtant assez étrange. Concernant l’océan indien, on comprend bien d’où lui vient ce nom, car il s’agit de l’étendue marine qui se situe autour de la péninsule indienne. L’Atlantique ? C’est un nom qui nous est familier, hérité du titan Atlas qui a aussi inspiré le nom l’Atlantide. Mais alors le Pacifique ? Un autre titan mythologique ?

Statue du titan Atlas, qui porte le globe terrestre

Pas du tout, en réalité, le mot « pacifique » doit être pris dans son sens littéral, de calme, tranquille. C’est l’explorateur espagnol Magellan qui alors qu’il cherche un passage au sud du continent américain, pour rejoindre l’Asie donne ce nom à cette étendue gigantesque, sur laquelle on se ne savait pas encore grand chose et que l’on désignait alors par l’expression de « mer du sud ». Pourquoi ce nom de pacifique alors ? Et bien tout simplement, car la traversée du Pacifique s’est avérée très calme, selon le navigateur, il y avait très peu de vent et de tempêtes sur cette mer qu’ils traversèrent pendant plusieurs semaines.

Si le choix de ce terme peut aujourd’hui paraître curieux, il faut rappeler que durant cette période, il est très courant de personnifier les territoires et de leur attribuer des qualités humaines. Cette habitude est un héritage de la géographie antique, où le cosmos prenait vie sous les traits de divers divinités, titans et autres créatures. Cette coutume est une manière de s’approprier les choses et les territoires qui deviennent, tout à coup, terrifiants, aimables, sauvages ou encore sympathiques.

Frontispice de l’Atlas Theatrum Orbis terrarum d’A. Ortelius, en 1574. Sur cette première de couverture on voit 4 personnages qui personnifie les 4 continents en leur attribuant des caractéristiques et une personnalité. L’Europe apparaît triomphante sur son trône, alors que l’Amérique est dénudée et sauvage, au bas de l’illustration.

île de Pâques : la providence calendaire

L’île de Pâques est une énigme en elle-même, à laquelle nous pourrions consacrer bien plus de lignes, car il s’agit de l’île la plus éloignée de tout continent se situant à 3 500 km des côtes chiliennes et à plus de 2000 km de l’île habitée, la plus proche.

Mais, ce n’est pas aujourd’hui, l’histoire de cet îlot qui nous intéresse mais bien l’origine de son nom. En effet, l’île en raison de son éloignement n’est découverte que très tard et contrairement aux a priori, elle est habitée, lorsque les colons néerlandais la trouvent. Pourquoi ne pas lui avoir donnée, alors, le nom que les habitants de l’île lui avaient déjà attribué ? Rapa nui ?

Pour plusieurs raisons, tout d’abord, à bien y regarder, les Européens du XVIème au XVIIème siècle ne sont pas vraiment très conciliants, avec les coutumes locales. Qu’il y ait ou non des habitants, à leur arrivée, tous les lieux étaient renommés et donc appropriés par ceux qui ce considéraient eux-mêmes comme les civilisés.

De plus, l’île est découverte un jour très symbolique lors de la fête de Pâques. Dans le contexte d’une société très croyante et christianisée, Jakob Roggeveen qui errait depuis plusieurs semaines, dans l’océan Pacifique à la recherche de terres australes, décrites par Ptolémée, ne pouvait y voir autre chose qu’un signe divin. C’est pour cette raison que le nom d’île de Pâques fut attribué à cette île volcanique isolée, découverte, par la providence divine.

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