Le Costa Rica, une fraude écologique ?

Le Costa Rica est un pays acclamé pour sa biodiversité et son exemplarité écologique. Ces dernières années, le petit pays d’Amérique latine est devenu une référence en matière d’éco-tourisme, à échelle internationale. Le gouvernement costaricain s’est solennellement engagé, en 2009, à devenir la premier pays neutre en carbone, d’ici la décennie 2020. A priori, le modèle de développement de ce pays d’Amérique centrale a tout d’un exemple à suivre, accordant insertion dans la mondialisation à la nécessité de préservation de l’environnement. Un tableau trop vert pour être vrai ?

Un pays à la biodiversité exceptionnelle

Le Costa Rica est exceptionnel par bien des aspects. L’atout principal de ce pays d’Amérique centrale est la richesse de la biodiversité naturelle. En effet, le pays abrite à lui seul 4 à 5 % de la biodiversité, sur moins d’un 1 % des terres émergées, à l’échelle de la planète. Le pays est assez peu peuplé, avec aujourd’hui 4,8 millions d’habitants. La densité moyenne de 93 hab./km² (contre 118 en France, par exemple) et son urbanisation tardive ont permis de préserver ces ressources exceptionnelles. Dans les années 1980, le pays d’Amérique latine décide de mettre à profit ces ressources, pour développer un tourisme vert. En 1969, un service des parcs nationaux est créé et des zones commencent à être délimitées, de manière à préserver les territoires des prédations humaines. Aujourd’hui, c’est près de 24 % du territoire national qui est protégé au sein du réseau des aires de protection. La mise en tourisme du pays est un succès puisqu’en 2014, le Costa Rica reçoit près de 2,5 millions de touristes internationaux et devient la première destination touristique, d’Amérique centrale. Le secteur touristique devient en 2001, le première source de revenu du pays.

En parallèle de ce développement, l’État costaricain affiche une volonté appuyée d’exemplarité environnementale, dans tous les domaines. De nombreuses actions politiques tendent à faire du pays un havre vert. En 2007, le président Oscar Arias (prix Nobel de la paix en 1987) a lancé le programme « Paix avec la nature » et promis de parvenir à zéro émission carbone d’ici à 2021. Luis Guillermo Solís, l’actuel chef de l’État, a maintenu cet engagement. Aujourd’hui, le pays s’enorgueillit de produire une électricité issue à 98,7 % de ressources renouvelables.

Logo de la marque nationale, Esencial Costa Rica

Le pari du développement durable semble donc pleinement réussir au pays latino-américain, dont les installations touristiques sont elles aussi vivement encadrées, pour s’insérer dans une démarche de préservation des environnements. 47 % des installations hôtelières sont ainsi sous la forme de « cabinas », des micro-structures, peu invasives. Un paysage idyllique âprement vendu par le marketing territorial du pays, puisque la marque Esencial Costa Rica, a été déposée, par le gouvernement, pour promouvoir cette image verte à échelle internationale. Toutefois, cette image vendeuse camoufle une autre réalité, la politique agricole extensive, développée aux marges frontalière du pays, bien loin des sentiers touristiques.

Un géant de l’agriculture intensive

Bien moins mis en avant par le gouvernement, l’agriculture est pourtant la deuxième source de revenu principale du Costa Rica. Le pays est un territoire exportateur de produits tropicaux, notamment la banane et l’ananas, dont il est le premier exportateur mondial. L’on pourrait rapidement argué que l’agriculture n’est pas incompatible, en soi, avec la préservation de l’environnement et que le pays peut bien investir dans une agriculture durable, qui permet aux populations locales de vivre convenablement de leur production, comme cela est souvent montré aux touristes.

Documents issus du site de la FAO

Dans la réalité, la majorité de la production agricole est gérée par des entreprises privées, dont les parcelles sont laissées à l’exploitation, sous forme de concessions. Dans le cas de l’ananas, le géant en la matière est la firme PINEDECO qui a introduit la variété d’ananas Sweet-golden M-12, qui est génétiquement modifiée. Les ananas destinés à l’exportation sont cultivés pour plus de 70 %, dans la partie nord du pays, sur la frontière entre le Nicaragua et le Costa Rica. Les cultures sont extensives et utilisent de manière très importante des intrants et pesticides chimiques. Le Costa Rica détient, en la matière, encore un record puisqu’il est le premier pays au monde en terme de quantité de pesticides utilisés, par hectare, selon la FAO. Ainsi, en 2017, ce sont près de 22 kg de pesticides qui sont pulvérisés, en moyenne, par hectare cultivés, contre 4 kg en France, par exemple.

Document issu du site de la FAO

Cette politique extractive crée de nombreux soucis environnementaux, dont les principaux sont le déforestation et la pollution des eaux, par le ruissellement des produits chimiques dans les principales nappes phréatiques du pays, notamment le fleuve San Juan entre le Costa Rica et le Nicaragua. Selon le ministère de l’agriculture costaricien, les surfaces dédiées à la culture de l’ananas sont passées de 9 300 ha en 1998 à 23 000 en 2004, soit une augmentation de 90 % en 6 ans. Selon le programme de financement des Nations Unies pour le développement (PNUD), ce chiffre s’élève même à 58 000 ha. Ces écarts soulignent une tendance à la sous-estimation des surfaces agricoles. Les surfaces cultivées se concentrent principalement sur les frontières nord et sud du pays. La part du territoire boisé dans la superficie totale du pays est passée de 53% en 1950 à 18,9% en 1984, la déforestation atteignait 100 000 ha par an entre 1985 et 1988, taux le plus élevé d’Amérique Centrale et comparable à celui de l’Amazonie.

De plus, les entreprises n’hésitent pas à utiliser une main d’œuvre illégale en provenance du Nicaragua, où le niveau de vie est en moyenne plus faible qu’au Costa Rica, pour travailler dans les champs, ce qui est vivement dénoncé par les associations écologistes locales.

Face à ces prédations des mesures du gouvernement ont été prises, pour limiter l’impact de la déforestation et reboiser certaines zones. Une loi forestière impose une surface minimale de surface forestière, à préserver, pour toutes les entreprises sur le territoire national. Un fonds de financement forestier a été créé, le FONAFIFO dont le rôle est de récupérer les financements versées par les entreprises ne respectant pas les surfaces forestières minimales, pour financer des opérations de reboisement.

Un bilan mitigé ?

Quel bilan tirer de la politique costaricienne ? Faut-il crier au loup et dénoncer un complot vert ? La réalité est, comme toujours, à trouver dans la nuance. Si le Costa Rica n’est pas le paradis vert affiché et vendu par les sites promotionnels nationaux. L’on ne doit, tout de même pas, a contrario, dresser une image trop sévère du Costa Rica qui a pris des mesures concrètes et fortes, pour tenter d’améliorer le bilan carbone global du territoire. Les politiques de reforestation bien qu’incomplètes ont bel et bien permis d’augmenter de nouveau le couvert forestier. De manière générale, il faut plutôt encourager les initiatives politiques qui démontrent que la volonté politique a de réels effets sur le préservation de l’environnement. Malgré ces dispositions les idéaux environnementaux se heurtent encore à la puissance des lobbies privés, dont les intérêts économiques sont rarement compatibles avec un souci de préservation de l’environnement, à long terme.

Sources :

  • Linda Boukhris, « La fabrique circulatoire d’un patrimoine national ou la coproduction de la nature au Costa Rica », Autrement, 2016
  • Rémy Knafou et Sylviane Tabarly, « Le Costa Rica, un modèle pou l’écotourisme ? », Géoconfluences, 2011
  • Lucile Medina-Nicolas et Tania Rodriguez Echavarria, « L’intégration d’une marge frontalière dans la mondialisation : la frontière Costa Rica–Nicaragua face au développement des cultures d’ananas », 2021

Données chiffrées :

FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation) ; MINAE (Ministère de l’environnement et de l’énergie) ; FONAFIFO (fonds forestier du Costa Rica)

A écouter :

Émission de France culture « Costa Rica, l’or vert menacé », 2021

Une réflexion sur “Le Costa Rica, une fraude écologique ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s