En cette période d’angoisse et de dérèglement, les férus de voyages et de découvertes sont en proie au découragement, en imaginant ne plus pouvoir voyager, à leur envie. Évidemment, je ne vais pas vous proposer de recette miracle, à partir de demain, les trajets seront bien limités à 100 km, autour de chez nous. Et évidemment encore, il faudra faire avec les inégalités de territoires auxquels chacun peut être confronté. Je ne cherche donc pas à vous proposer ici un remède mais, peut être plus, un pharmakos, au sens où l’entendait Épicure, dont le but est de tenter d’apaiser nos esprits.
En dépit des restrictions, les sorties ne sont plus interdites. Pourquoi ne pas en profiter pour devenir voyageur à deux pas de chez soi. Car, après tout, que signifie voyager si ce n’est s’étonner de tout, prêter attention au moindre détail, pour apprendre de nouvelles choses ?
Le départ dans des contrées lointaines facilite cet exercice, car tout nous est étranger. Mais ce déconfinement est peut être l’occasion de s’interroger sur cet univers familier qui nous entoure et que l’on a désenchanté, par le voile de l’habitude. Il est certain que peu importe votre lieu de vie, dans un rayon de 100 km autour de chez nous, nous allons pouvoir découvrir, apprendre et regarder ce qui, jusqu’à présent vous semblait banal. Cela pourrait être des bâtiments dont vous méconnaissez l’histoire, un chemin de randonnée que vous ne connaissiez pas ou encore un lieu insolite que vous n’avez jamais pris le temps d’aller voir. Le conseil est donc de flâner sur les sites locaux culturels, pour aller piocher de quoi voyager, à côté de chez soi et d’enfiler ses lunettes d’étranger, avant de franchir le pas de sa porte.
Devenons donc, des étrangers, comme Rica et Usbek, dans les Letttes persanes qui s’étonnent de la culture et de l’architecture de Paris et écrivent : « Les maisons sont si hautes qu’on jurerait qu’elles ne sont habitées que par des astrologues. ». Apprenons à regarder Paris, avec un œil plus perçant.

Voyages de papier
Nous avons commencé pour beaucoup à reprendre le temps de lire, durant ce long confinement. Je vous propose donc quelques livres orientés vers le voyage et l’évasion pour voguer, l’espace de quelques heures sur des océans d’encre et des continents de papier.
Le Cosmopolite ou le citoyen du monde – Fougeret de Monbron

Je ne pouvais pas commencer cette liste sans vous parler de l’ouvrage qui a inspiré le nom de ce blog : Le Cosmopolite ou le citoyen du monde, de Louis-Charles Fougeret de Monbron. Ouvrage des Lumières, ce livre reprend les codes des récits de voyage, avec une ironie et un humour mordant, pour critiquer la société de son temps. Fougeret sert un plat de libertinage, assorti d’un verre de nihilisme, à ses lecteurs, tout en décrivant les étapes de son Grand Tour d’Europe. Vous visiterez alors, à ses côtés la grande Constantinople, l’île de Malte, ou encore les grandes cités italiennes.
La première phrase de son ouvrage est d’ailleurs entrée dans la postérité et est souvent citée, par une multitude de blogs voyage, sans dévoiler la suite du paragraphe qui donne, pourtant, le ton et l’esprit de l’ouvrage de Monbron :
« L’Univers est une espèce de livre dont on a lu que la première page, quand on a vu que son pays. J’en ai feuilleté un assez grand nombre que j’ai trouvées presque également mauvaises. »
Là où les tigres sont chez eux – Blas de Roblès

Illustration issue de l’Histoire naturelle des mammifères , t.II, de Wermer, Huet et Maréchal, 1819.
Si vous préférez les romans récents et que vous voulez un compagnon de route pour les prochaines semaines, on ne peut passer à côté de ce livre, paru en 2008, qui explore les confins du Brésil. L’ouvrage a été récompensé, dès sa parution, de plusieurs prix dont le prix Médicis.
Voyage à la fois dans le temps et dans l’espace, l’auteur retranscrit parfaitement l’ambiance du Mato grosso brésilien, en parallèle d’une pérégrination dans le passé, aux côtés d’un homme de religion et de sciences A. Kircher, qui est amené à voyager, pour mener différentes expérimentations personnelles. Entre exotisme brésilien et douceur du papier vieilli au soleil, laissez-vous bercer dans un voyage sur les rives de l’Amazone.
L’Été, Retour à Tipasa – Camus

Pas le temps de lire plus de 5 min dans la journée ? Pourquoi ne pas vous évader en Algérie, avec Camus, pour guide ? S’il ne faut plus présenter Camus, en revanche, cet essai : L’Eté, est plus méconnu. Rédigé dans les année 1950, Camus y retranscrit son amour pour le soleil et la Méditerranée, tout en douceur et en nostalgie.
Il décrit notamment les senteurs et les couleurs des paysages algériens, avec la poésie et la justesse qu’on lui connaît.
« (…) j’ai passé des matinées entières à errer parmi les ruines à respirer les absinthes, à me chauffer contre les pierres, à découvrir les petites roses, vites effeuillées, qui survivent au printemps. A midi seulement, à l’heure où les cigales elles-mêmes se taisaient, assommées, je fuyais devant l’avide flamboiement d’une lumière qui dévorait tout. La nuit, parfois, je dormais les yeux ouverts sous un ciel ruisselant d’étoiles. »
